samedi 10 juillet 2021

Supprimez ce tweet

 


On m'a bannit de twitter jusqu'à ce que je supprime un tweet jugé « haineux » suite à une signalement d'Eric Naulleau ou de sa communauté. Ils n'ont pas aimé la forme j'espère qu'ils apprécieront le fond.

Dans ce tweet « grossier » dont je regrette la perception, j'affirmais qu'il était devenu la « catin » d'Eric Zemmour car il avait peur qu'on lui rappelle ses accointances avec Alain Soral lors de la sortie de leur livre commun « dialogues désaccordés ». Au lui d' écrire « tapine » j'aurai dû affirmer qu'à sa fonction, il se livrait corps et âme entre Zemmour et Hanouna, travaillant dure de manière « aristotélicienne » jusqu'à s'en faire mal aux genoux. Eric Naulleau ne cherchait en fait qu'une protection médiatique qu'il n’était ni le premier ni le dernier à le faire, à l'exemple de Yann Moix ou de Michel Onfray. Il travaillait dure pour sa pitance tel un canidé de surveillance.

 Je tenais donc à m'excuser platement pour l'inconvenance de ce tweet auprès de toute « catin » qui aurait été offensée par la comparaison avec Eric Naulleau.   A la place du mot usité, j'aurai peut-être dû faire usage du mot de gourgandine.

PS : pour les rageux ce texte se veut ironique et humoristique, on vie « une époque formidable ».

mardi 25 mai 2021

Si BHL était vraiment humaniste.

Parodie d'une partie d'un édito datant du 17 mai  2021
de "La régle du jeu" titré 
« La rafle du billet vert. Lire Sifaoui, écouter Chems-Eddine Hafiz » que l'on aurait aimé qu'écrive Bernard Henri Lévy, s'il était vraiment l'humaniste épris de justice qu'il prétend être. Mais ce n'est juste qu'un hypocrite, défenseur acharné des crimes d’Israël. 

  La critique du rien-n’a-voirisme, c’est-à-dire du cliché, ressassé jusqu’à la nausée, selon lequel le sionisme n’aurait « rien à voir avec le racisme ». La nécessité donc, pour un juif de probité, de se dissocier, sans atermoiements ni nuances, de l’atroce et homonyme «eretz Israël » qui est aussi le cri de ralliement des tueurs de Mohammed Durah, Ali Saad et tant d'autres. Le droit de critiquer le sionisme. La distinction, vitale en République, entre la légitime mise en cause des croyances, de toutes les croyances et y compris, donc, des religions et idéologies – et l’appel à la haine, voire au meurtre, contre les personnes qui, lui, est puni par la loi. Le refus, en conséquence encore, de tremper dans cette escroquerie intellectuelle et morale qu’est la mise en avant permanente d’un supposé «antisémitisme » présenté comme le visage du racisme. La liberté de conscience religieuse en Israël, devenue principe et usage. L’égalité de tous ses citoyens femmes et des hommes, obligation et règle. Le droit de croire et de ne pas croire. Celui, aussi, de cesser de croire. L’idée que la justice international, parce qu’elle organise l’équidistance des idéologies vis-à-vis des États et le droit international, pour les citoyens de chaque pays, à vivre leur citoyenneté, est une chance pour l’Israël. Et la conviction, enfin, que je dis ainsi tout haut ce que pensent tout bas l’immense majorité des juifs d’origine, de culture . Ces mots, je les cache depuis toujours. Je les ai lus, bien sûr, sous la plume des regrettés Yeshayahou Leibowitz (auteur, dès 1975, de Judaïsme, peuple juif et État d'Israël ) ou Illan Pappé (auteur du Le nettoyage ethnique de la Palestine ). Je les retrouve chez Avraham burg (dont il faut lire sans délai, aux Éditions de Flammarion l’implacable Vaincre Hitler: Pour un judaïsme plus humaniste et universaliste)  qui ne fait pas de cadeaux aux national sionistes et à leurs proches aînés les neo cons). Mais, venant de ma bouche en tant que haut philosophe communautaire de mon rang, il me semble ne les avoir jamais entendus de ma part. Et dans la guerre longue, sans merci, décisive, qui va se livrait, au sein de ce qu’il est convenu d’appeler « le monde du sionisme », les amis du crime et ceux de la démocratie et des Lumières, c’est un événement. Longue vie au nouveau BHL, que je suis devenu.

dimanche 16 mai 2021

Honneur aux résistants ! par Bruno Guigue

Le plus révoltant, dans le drame palestinien, c’est, bien sûr, la brutalité de l’occupant, sa morgue coloniale, son mépris pour la vie des autres, son aplomb dans le meurtre, son arrogance de vainqueur à la victoire facile, sa bonne conscience lorsqu’il appuie sur la gâchette, sa lâcheté lorsqu’il assassine des civils, son accoutumance au crime. Mais c’est aussi cette mauvaise foi abyssale, cette hypocrisie de l’agresseur qui joue à l’agressé, ce mensonge qui sort de sa bouche lorsqu’il prétend se défendre, lorsqu’il condamne le terrorisme, lorsqu’il ose invoquer la légitime défense, lorsqu’il parle d’antisémitisme.   Des terroristes, les combattants palestiniens ? Non, ce sont des résistants, des vrais, de ceux qui se battent pour la patrie, pour la terre de leurs ancêtres, pour vivre en paix, un jour, dans cette Palestine dont l’envahisseur veut les spolier, pour cette Palestine dont l’État-colon se croit dépositaire, alors qu’il n’est qu’un occupant illégitime, un usurpateur. La légitime défense d’Israël ? Soyons sérieux : la seule légitime défense qui vaille, c’est celle du peuple palestinien, pas celle de la soldatesque coloniale ; celle de l’occupé qui résiste, pas celle de l’occupant qui opprime. Des résistants qui ont raison de se battre, et qui savent que si l’honneur est de leur côté, le déshonneur est dans le camp adverse. On nous raconte que l’affrontement actuel est dû à l’intransigeance des extrémistes des deux camps. Mais ce renvoi dos-à-dos de l’occupant et de l’occupé est grotesque, c’est une supercherie. Depuis quand la résistance est-elle extrémiste ? C’est l’occupation qui est extrémiste, avec sa violence de tous les instants, cette humiliation permanente infligée aux populations, cette domination structurelle, cette insupportable chape de plomb qui pèse sur un peuple meurtri, et dont les sursauts de révolte, heureusement, montrent qu’il n’est pas vaincu. Non, la responsabilité ultime de la violence, en Palestine, n’est pas partagée, ce n’est pas 50/50, car cette violence est le fruit de l’occupation et de la colonisation, et les Palestiniens ne sont pas responsables de l’injustice qu’on leur fait subir. Il y a des morts des deux côtés, oui, et aucune victime civile n’est justifiée. Mais lorsque le rapport des victimes est de 1 à 30, il est scandaleux de faire comme s’il s’agissait d’une guerre classique opposant deux armées dans une bataille rangée. Car cette guerre n’a pas commencé aujourd’hui, c’est un ethnocide, une tentative d’effacement des Palestiniens que l’on veut parquer dans les bantoustans de l’apartheid sioniste. Cette guerre n’est pas une guerre ordinaire, c’est la lutte entre une puissance occupante et une résistance armée, et il ne suffira pas d’appeler à la cessation des violences pour y mettre fin. Ce qui est à la fois odieux et ridicule, dans les déclamations de la diplomatie occidentale, c’est cet appel implicite au désarmement des Palestiniens. On leur demande de baisser les bras, de se résigner, d’accepter le joug, en feignant d’ignorer les raisons pour lesquelles ils ne le feront pas, ni aujourd’hui ni demain. Reste, bien sûr, cette accusation d’antisémitisme, indéfiniment reconduite, pavlovienne, pathétique de bêtise et répugnante d’hypocrisie, que l’on jette à la figure de tous ceux qui soutiennent la lutte des Palestiniens. Et pourtant, s’ils savaient, ces imposteurs, à quel point l’antisionisme nous suffit, à quel point il exprime avec assez de clarté ce qu’il s’agit de défendre. L’antisémitisme, lorsqu’il est avéré, est une souillure pour celui qui l’éprouve. Mais lorsqu’il sert à accuser l’antisionisme, c’est une souillure pour celui qui profère cette accusation mensongère. Vous pouvez toujours brandir cette calomnie, mais prenez garde, elle risque de vous revenir un jour sur la figure. Force incoercible de la propagande, lorsqu’elle provoque le passage insidieux d’un terme à l’autre, qu’elle génère l’inversion maligne par laquelle le bourreau se fait victime, et l’antisionisme est qualifié d’antisémitisme. Cette accusation, on l’a compris, est une arme d’intimidation massive, qui permet à des gouvernements serviles, tout heureux de servir l’impérialisme et le sionisme, de s’acheter une pseudo-bonne conscience. Pitoyable diplomatie, complicité avec le crime qui se pare de toutes les vertus, et qui n’en finit plus de toucher le fond. Les Palestiniens, eux, ont compris depuis longtemps qu’ils n’avaient rien à attendre de ces Européens qu’étouffera un jour leur lâcheté. Source : facebook.com/bruno.guigue.10

samedi 15 mai 2021

Palestine : chaque jour, l’apartheid

Plus de cent Palestiniens et neuf Israéliens ont été tués, en une seule semaine. Un éternel recommencement dont on connaît le point de départ, mais où nul ne peut dire quand et comment cela s’achèvera. AU PIED DU MUR. Été 1967. L’aviation nord-américaine bombarde le Viêtnam et Israël, dix-neuf ans d’âge, attaque trois pays d’un coup d’un seul. Les troupes de l’État hébreu s’emparent de Jérusalem-Est ; le Premier ministre s’empresse de déclarer : « La paix est maintenant revenue, avec nos forces qui contrôlent toute la ville et ses environs. » Alors on rase des maisons, on expulse des familles, on proclame la ville « capitale éternelle » du jeune État.   SUR REGARDS.FR   Printemps 1995. « Je ne sais pas si quelqu’un vous a promis que vous auriez un État, mais je parle à partir des cartes, et, si l’on regarde les cartes, il n’y a pas d’État palestinien… » Par ces mots, à Jéricho, un homme fait face à Abu Amar – le chef de l’Organisation pour la libération de la Palestine, plus connu sous le nom de Yasser Arafat. Et de lui répéter : « Vous n’avez rien. Aucun État. » Arafat a l’œil sombre. Pour certains, l’espoir de paix porte alors le nom d’Oslo. Pourtant, à mesure que cet homme – le cartographe Khalil Tafakji – fait défiler les cartes, Oslo s’éloigne. Même, il disparaît. La Cisjordanie, qui doit revenir aux Palestiniens dans l’hypothèse de l’établissement de deux États voisins, n’est déjà plus « qu’une immense toile formée de réserves naturelles et de sites militaires ». Une toile morcelée qui va rétrécissant sous les assauts répétés des colons. À présent, Tafakji décrit à Arafat la situation à Jérusalem-Est – « ses maisons détruites, précisera-t-il, saisies, volées, [ses] terres confisquées, [ses] checkpoints érigés aux entrées de la municipalité et aux carrefours stratégiques de la vielle ville ». Printemps 2021. Quartier Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est. Des colons, de longue date, livrent bataille en vue d’obtenir l’expulsion de familles palestiniennes. Dix, déjà, ont dû partir ; en ce début mai, six autres sont visées par la Cour suprême. Alors, deux semaines après que l’extrême droite israélienne a manifesté dans Jérusalem aux cris de « Mort aux Arabes », des milliers de Palestiniens se dressent contre le pouvoir colonial et son entreprise de nettoyage ethnique. Bientôt, les affrontements avec les forces de l’ordre du régime de Netanyahou s’étendent à l’ensemble d’Israël. Le Hamas ne tarde pas à exiger le retrait des troupes d’occupation de l’esplanade de la mosquée al-Aqsa : en vain. L’organisation islamiste tire dès lors une centaine de roquettes à partir de la bande de Gaza, sous blocus depuis 2007 ; s’ensuivront plus de mille autres ; les projectiles seront neutralisés avant impact à hauteur de 90%. Comme de coutume, la répression gouvernementale israélienne est foudroyante : écrasement de la protestation populaire, déluge de bombes sur la bande de Gaza. Le Hamas propose un cessez-le-feu ; Netanyahou refuse. Le 14 mai, on dénombre 119 Palestiniens tués – dont le quart d’enfants – et 9 Israéliens tués. Bien sûr, l’ONU se dit « profondément inquiète ». Bien sûr, le bon démocrate Biden assure qu’« Israël a le droit de se défendre ». Bien sûr, Macron a « fermement condamné les tirs revendiqués par le Hamas et d’autres groupes terroristes », lesquels mettent « en grave danger la population de Tel Aviv » et nuisent « à la sécurité de l’État d’Israël ». L’air est connu. Et l’œil était sombre, oui. C’est que les cartes du cartographe, elles, ne se payaient pas de mots : l’expansion d’Israël n’admet aucune borne. La spoliation de la terre est pensée, organisée, instituée. Lentement, pan après pan, la Méditerranée et le Jourdain unis, ou presque, ou bientôt, par une même bande de terre. Dix années, une part de vie, voilà le temps qu’il fallut à Khalil Tafakji pour parvenir à consigner, au centimètre près, écrivit-il, l’érosion méthodique de la Palestine historique. Car jamais des lambeaux, des bouts, des tronçons, des trouées de terre n’ont fait un État. Et comme l’État hébreu le savait, le cartographe le savait aussi – au moins la-solution-à-deux-États occupe-t-elle les diplomates et les présentateurs de télévision. Il n’est pas de « crise » : elle n’est que la normalité mise à nu. À la fin du mois d’avril dernier, l’ONG Human Rights Watch a rendu public un rapport de plus de deux cents pages. Titré, traduit en français : « Un seuil franchi : Les autorités israéliennes et les crimes d’apartheid et de persécution ». Le directeur de l’organisation étasunienne ajoutait : « Trois éléments concourent à un tel crime : l’intention par un groupe racial d’en dominer un autre, une oppression systématique et la perpétration de certains actes inhumains. » Donc, le scandale. Un porte-parole du département d’État américain a fait état de son franc désaccord ; l’ambassadeur d’Israël auprès des Nations Unies et des États-Unis a fait savoir qu’on se trouvait là « à la limite » de l’antisémitisme ; le ministère israélien des Affaires étrangères a fait mention d’un « tract de propagande ». L’air est connu, oui. Quand on ajoute à l’annexion des territoires le refus du retour des réfugiés palestiniens, le quadrillage militaire de l’espace, les atteintes journalières à la liberté de circuler, les assauts meurtriers de l’armée contre la population civile, les emprisonnements arbitraires et la construction d’un mur épais de plusieurs couches de béton et long de plus de cinq cents kilomètres, c’est, sans conteste, un régime politique d’apartheid qui apparaît aux yeux de tous. À condition, toutefois, de les ouvrir. En 2001, l’écrivain et ancien éditeur François Maspero avait séjourné en Palestine. À son retour en France, il demandait : « Comment appeler ce que vit le peuple palestinien autrement qu’un apartheid ? » Et précisait : « La société palestinienne est pulvérisée. [...]. À l’intérieur d’enclaves, les camps de réfugiés sont eux-mêmes des ghettos. [...] L’armée israélienne entre, sort, quadrille, ratisse, bombarde comme et quand elle le veut les minces 19% de territoires théoriquement souverains de l’Autorité palestinienne. » L’« escalade » ? Une ligne droite soudain visible, l’ordre des choses sous la lumière crue du feu et des caméras. De cette ligne, on en connaît le point de départ – 1947. On rêve de connaître, enfin, celui de son arrivée : « une issue de secours, fondée sur la paix et l’égalité », disait Edward Saïd, autrement dit la fin de l’oppression étatique et l’égale citoyenneté sur le territoire de la Palestine historique. Pour l’heure : solidarité avec le peuple palestinien.   Chronique par Joseph Andras, Kaoutar Harchi | 14 mai 2021 SUR REGARDS.FR

vendredi 14 mai 2021

Pour Israël, l’illusion de la normalité s’effondre Haim Bresheeth-Zabner 13 mai 2021

L’intifada actuelle en Palestine est sous bien des aspects totalement inédite. Elle crée des précédents qui préfigurent l’ouverture d’une phase nouvelle dans l’histoire du conflit israélo-arabe. Pour commencer, elle fait voler en éclats plus de sept décennies de politique coloniale de morcellement. De Jérusalem à Gaza, en passant par Lod, Haïfa, Yaffa, Bethlehem… La brisure de la géographie n’aura en rien altéré cette réalité têtue : l’unité de la Palestine. La participation massive des Palestiniens dits de l’intérieur, c’est-à-dire résidant dans les territoires conquis par Israël en 1948, prend le contre-pied de toute une rhétorique les réduisant à des « Arabes israéliens » qui auraient renoncé à leurs droits nationaux palestiniens. C’est probablement la première fois depuis 1948 qu’une telle mobilisation unit de cette façon toutes les régions de la Palestine historique, renversant le poids des habitudes de pensée imposées par l’État israélien, et qu’analyse Haim Bresheeth-Zabner, auteur d’un livre de référence sur l’armée israélienne, dans l’article qui suit, initialement publié sur le site Mondoweiss.net. En outre, cette intifada prend des formes nouvelles, inattendues. Il ne s’agit plus de l’intifada des pierres contre les chars israéliens, de la résistance à Gaza contre l’armée israélienne, ou des confrontations directes face aux colons israéliens. C’est tout cela à la fois. Une intifada multiforme. Gaza réagit aux agressions à Jérusalem, Haïfa et Lod reprennent la rue, Jénine et Ramallah ne se font pas attendre. L’unité se recompose et, à travers elle, la lutte de libération nationale palestinienne refait son entrée dans l’histoire. Sans aucun doute, la répression à venir sera d’une brutalité insoupçonnée. Elle l’est déjà. C’est pourquoi la solidarité est plus que jamais nécessaire. La lutte anticoloniale palestinienne est celle de tous les progressistes, de tous les anticoloniaux, aux quatre coins du monde. *** Mai 2021 a brisé une étrange illusion Ce mois de mai 2021 aura brisé l’illusion des Israéliens selon laquelle ils seraient à l’abri du volcan créé à travers une longue histoire de nettoyage ethnique et d’apartheid. Pendant des décennies, les Israéliens se sont prélassés sous le soleil du succès. Après cinquante ans d’occupation et de contrôle brutaux et illégaux de l’ensemble de la Palestine, ils ont réussi à habituer le monde aux réalités de l’apartheid israélien. Ils sont même allés jusqu’à croire être parvenus à faire accepter ce succès aux Palestiniens. Israël se préparait à accueillir de nombreux touristes à la suite de la crise du COVID-19 en Europe et ailleurs, étant l’un des seuls pays à avoir réussi à contrôler efficacement le virus. Israël n’a certes pas de gouvernement proprement élu depuis vingt-huit mois, son Premier ministre fait l’objet de poursuites pénales, et la CPI prépare un dossier sur les crimes de guerre israéliens. Mais rien de tout cela n’empêchait Israël de commettre quotidiennement de nouveaux crimes de guerre. Les Israéliens ont vécu sous – ou sur – un volcan, se croyant à l’abri des normes juridiques et sociétales standard. La domination qu’ils exercent sur plus de six millions de Palestiniens semble à l’abri de toute intervention, critique ou contestation. Ils pensaient même que leur rapprochement récent avec les dictatures du Golfe avait complètement neutralisé les Palestiniens. Ayant donc réussi à contrôler le virus du COVID-19, le gouvernement israélien est revenu avec énergie à sa tâche principale, qui fait consensus pour la plupart des partis politiques en Israël, celle du contrôle de la Palestine. Le front s’étend à tous les secteurs de la société. Cette tâche principale n’est pas nouvelle : libérer la terre de son peuple autochtone, expulser les Palestiniens de leurs maisons, de leurs champs, de leurs villes et de leurs villages, aller vers un Israël-vide-d’Arabes (Arabrein) dans toute la Palestine, par le biais d’une législation raciste de grande envergure telle que la nouvelle loi sur l’État-nation. D’un État raciste de facto, Israël est devenu un État d’apartheid de jure. Une longue histoire de nettoyage ethnique et domination coloniale Ceci n’est certes pas un projet facile, mais Israël a une longue histoire dans le perfectionnement des méthodes de nettoyage ethnique, bien plus longue que l’histoire de l’État israélien. Depuis plus de cent ans, la tâche consistant à débarrasser la Palestine de son peuple a reçu le soutien de l’Occident – les États les plus puissants de la planète ont encouragé le projet sioniste et la Déclaration Balfour depuis 1917, et continuent de le faire – sans nuances, s ans limites juridiques ou morales et sans normes de comportement. Avec un tel soutien indéfectible à l’illégalité, le succès d’Israël était garanti. Les trois décennies de contrôle britannique sur la Palestine ont importé les méthodes de dépossession développées en Irlande du Nord, employées dans le pays par les Black and Tans[1], la force volontaire qui soutenait la police et l’armée britanniques en Irlande contre le combat indépendantiste irlandais. La brutalité dont ils firent preuve en Irlande ne tarda pas à être utilisée en Palestine, car nombre d’entre eux y ont été envoyés par Winston Churchill en 1922, pour servir sous les ordres de l’ancien commandant de la RIC[2], Henry Hugh Tudor, qui devint le chef de la Force de Police en Palestine (FPP). Le racisme pratiqué contre les catholiques en Irlande devint encore plus virulent contre les Palestiniens. Pendant les années du mandat, le soutien britannique au projet colonial de colonisation sioniste fut crucial pour construire une base – militaire, sociale, financière et industrielle – pour le futur Israël. Les méthodes brutales du FPP et de l’armée britannique qui le soutenait lors de la répression de la révolte arabe de Palestine (1936-1939) devinrent le fonds de commerce des milices sionistes, précurseurs des FDI[3], et furent ensuite perfectionnées et amplifiées après 1948. Israël devint « un loyal petit Ulster juif »[4] au Moyen-Orient, selon les mots de Sir Ronald Storrs, premier gouverneur militaire de Jérusalem ; ce petit Ulster s’avéra beaucoup plus puissant et féroce que ne le fut la province d’Ulster, en Irlande. La guerre de 1948 réussit presque à offrir au sionisme la majeure partie de la Palestine, 78% du pays. Nombreux en Israël étaient ceux qui considéraient l’affaire inachevée : le reste du pays doit être pris sous contrôle, pensaient-ils, comme Ben Gourion, père fondateur d’Israël et premier Premier ministre de l’État. Dans une lettre à son fils, en octobre 1937, il explique : « Mon hypothèse (c’est pourquoi je suis un fervent partisan d’un État, même si elle est aujourd’hui liée à la partition) est qu’un État juif sur une partie seulement de la terre n’est pas la fin mais le début ». Ce qui n’a pas pu être achevé en 1948, devra l’être plus tard. Et ce fut le cas. Au cours de l’occupation de l’ensemble du pays en 1967, Israël changea de partenaire, passant de l’empire britannique décrépit à la « démocratie coloniale » française qui devint la cinquième République de De Gaulle. Non seulement la France arma Israël, mais elle lui permit également d’acquérir l’option militaire nucléaire, poussant le conflit palestinien vers de nouveaux territoires inexplorés. Israël rendit la monnaie en rejoignant les deux empires coloniaux, la Grande-Bretagne et la France, dans une attaque illégale et scandaleuse contre l’Égypte en 1956. Cet acte d’agression brute et injustifiée clarifia les objectifs à long terme d’Israël. Israël a tout d’une colonie de peuplement étrangère depuis sa création, et depuis 1967, c’est le modus operandi permanent de tous les gouvernements israéliens. Pendant plus de cinq décennies, Israël a nié tous les droits des Palestiniens sous son contrôle, et a volé la plupart de leurs ressources – terres agricoles, eau et imposition forcée qui ne sert que l’occupant. Des dizaines de milliers de maisons ont été détruites, des millions d’arbres ont été brûlés ou déracinés, des dizaines de milliers de Palestiniens ont été emprisonnés sous de fausses accusations, dont des milliers d’enfants, et plus de 15 000 Palestiniens innocents ont été tués par les FDI. Les ambulances et les équipes médicales ont essuyé des tirs et beaucoup ont été tués alors qu’ils apportaient une aide médicale. Les écoles et les universités ont dû fermer pendant des années et les infrastructures vulnérables de communication, d’eau, de santé, d’éducation, d’électricité, de routes, d’industrie, de production et de distribution de nourriture ont été détruites à maintes reprises lors d’attaques périodiques sur Gaza et la Cisjordanie, ainsi qu’au Liban, en Syrie et en Égypte. Plus de 250 000 Palestiniens ont été expulsés à la suite de la guerre de 1967, et autant ont quitté leurs terres à la suite d’autres crimes de guerre qui ont rendu leur vie insupportable. Human Rights Watch a mis en lumière les faits relatifs aux décennies d’occupation d’Israël dans un rapport majeur en 2019. Même l’ONU, si attentive à ne pas provoquer l’ire d’Israël, a finalement abandonné les faux-semblants, dans un rapport publié récemment. C’est désormais officiel : Israël est un État d’apartheid qui commet des crimes de guerre périodiques et continus. Aucun de ces crimes n’aurait pu avoir lieu sans le soutien actif des États-Unis, de l’Union européenne, du Royaume-Uni, du Canada et de l’Australie, qui ont fourni à Israël un parapluie diplomatique à l’ONU et rendu impossible la poursuite de l’option pacifique utilisée dans le cas de l’Afrique du Sud de l’Apartheid, le Boycott, Désinvestissement et Sanction (BDS) contre l’Apartheid israélien, l’occupation illégale et les crimes de guerre depuis plus de sept décennies. Si vous tapez BDS dans un moteur de recherche, vous constaterez que les sites officiels de ces organisations sont bloqués pour les utilisateurs. Il ne faut pas être un génie pour comprendre qui est responsable d’un tel piratage numérique de la campagne. Chaque fois qu’Israël pousse la situation à un point explosif, les États-Unis et leurs alliés insistent sur le « droit d’Israël à se défendre », comme si détruire Gaza ou Beyrouth était une forme de défense, ou comme si le déni des droits et l’imposition d’un blocage total et illégal étaient une façon de résoudre le conflit. Pas une seule fois, les nations occidentales n’ont mentionné le droit des Palestiniens à se défendre ; pour ces nations « démocratiques », les Palestiniens n’ont manifestement aucun droit de ce type. Ils n’ont pas non plus de droits de l’homme d’aucune sorte : les droits à l’autodétermination, à vivre en paix, à posséder des biens, à l’éducation, à la santé ou à l’emploi. Les Palestiniens n’ont pas de droits politiques, ni le droit de vivre libérés de l’occupation et de l’oppression, autant de droits invoqués au nom d’autres nations que l’Occident prétend soutenir, comme l’Ukraine. L’unité palestinienne dans la lutte Ce dont nous sommes aujourd’hui témoins est bien plus important que les deux intifadas et les attaques contre Gaza. Ce qui caractérise la séquence actuelle c’est la réunion des Palestiniens des deux côtés de la Ligne verte[5], effacée par Israël. Israël a allumé un feu qu’il pourrait ne pas être en mesure d’éteindre. Les Palestiniens de Jaffa, Lydda, Ramleh, Haïfa, Nazareth, Saint-Jean d’Acre (Aqqa) et, bien sûr, de Jérusalem et de Gaza, se soulèvent contre la société coloniale raciste, brutale et injuste qui détruit leur vie depuis plus d’un siècle, depuis le début de la colonisation sioniste de la Palestine. La société israélienne n’a jamais été aussi vaniteuse, raciste et nationaliste qu’au cours de la dernière décennie sous Netanyahou. Les quatre années de l’administration Trump ont grandement contribué à l’illusion d’une impunité totale, et le gouvernement a accéléré le rythme des confiscations de terres, des destructions illégales de maisons et de la construction de colonies, prouvant ainsi qu’il a l’intention d’évincer le plus grand nombre de Palestiniens de son pays, et de rendre la vie de ceux qui restent si impossible qu’ils partiront là où ils le pourront. Ce processus, qui dure depuis plus d’un siècle, a permis à Israël de totalement contrôler l’ensemble de la Palestine, alors pourquoi douter du prolongement de ce triomphe ? Les Israéliens, de gauche, de droite et du centre, n’ont en fait pas de doute sur leur possibilité de poursuivre l’oppression et la répression des Palestiniens en toute impunité. Sauf que maintenant, les rues brûlent. Les Palestiniens, ceux qui ont les quelques droits qui leur sont encore conférés par Israël, ou leurs frères et sœurs dans les « territoires occupés » (toute la Palestine est occupée) qui n’ont aucune forme de droits, agissent maintenant ensemble contre les atrocités de la domination coloniale israélienne. Qu’ont-ils à perdre ? Seulement leur vie ; mais sous le régime israélien, leur vie est de toute façon menacée… Et ils en ont assez, bien plus qu’assez, depuis de nombreuses générations. Quant à ceux qui leur ont conseillé d’attendre, ils étaient de faux messies et des charlatans. Examinons les dangers de cette situation nouvelle, et sans précédent. La soi-disant communauté internationale, faible et impuissante dans le meilleur des cas, est maintenant moins encline que jamais à avancer vers une solution juste en Palestine, en appliquant des sanctions contre Israël. Les régimes arabes dans leur diversité sont en crise d’identité, empêtrés dans des guerres coloniales déclenchées par l’Occident – en Irak, en Syrie, en Libye et au Yémen – et la plupart ont signé l’accord du « Nouvel ordre mondial » de Trump avec Israël, se retirant ainsi du conflit et de tout soutien aux Palestiniens. L’Autorité palestinienne – créature d’Israël et une branche sous son contrôle – a annulé les premières élections convoquées depuis 2006, comme nous savions qu’elles le feraient, sous la pression israélienne. L’un des partis « arabes » d’Israël, Ra’am, est en pourparlers avec les deux camps politiques, prêt à travailler avec l’un ou l’autre, au mépris du sentiment de l’opinion publique palestinienne ; cela au moins s’est effondré dans les jours qui ont suivi les attaques de Jérusalem et pourrait conduire à un front palestinien plus uni. Les Palestiniens ont été abandonnés par l’Occident, par les régimes arabes, par les libéraux israéliens et par les libéraux du monde entier. Cette prise de conscience est dangereuse – pour les Palestiniens comme pour les Israéliens – car les temps dangereux appellent des mesures désespérées. Et maintenant… Nous savons qu’Israël se prépare depuis de nombreuses années à saisir une opportunité politique, une conjoncture historique qui lui permettra de vider la Palestine de la majeure partie de sa population autochtone restante. Tous les gouvernements occidentaux ont prouvé leur inconséquence à l’égard des droits des Palestiniens au cours des deux dernières décennies. Israël peut présumer sans risque que la communauté internationale n’a pas la volonté politique d’intervenir en cas de nouveaux crimes de guerre. La tentation peut s’avérer trop forte pour Netanyahou : le choix entre la prison ou devenir le héros national des Israéliens racistes en poursuivant le nettoyage ethnique est simple à comprendre. Face à toute attaque, il sera certainement soutenu par ses nombreux concurrents politiques qui rivalisent avec lui dans les déclarations agressives. Le feu est maintenant bien allumé, et il consumera de nombreux innocents. Certains Israéliens affirment que Netanyahou poursuit cette politique uniquement pour rester au pouvoir, comme si cela expliquait tout. Que faut-il de plus pour une intervention politique urgente et fondée sur des principes en faveur des Palestiniens, obligeant Israël à une paix juste au Moyen-Orient ? Que faut-il de plus pour empêcher une série sans fin de massacres communautaires, de crimes de guerre et d’expulsions forcées ? Cette crise est-elle hors de portée et de la volonté de la communauté mondiale, fatiguée et défaite comme elle l’est par la crise sanitaire ? Devons-nous rester à l’écart pendant qu’Israël enflamme le Moyen-Orient ? Il faut espérer que ce ne sera pas le cas. Notes [1] Milice engagée par l’armée britannique dans les années 1920 pour réprimer les mouvements indépendantistes irlandais. [2] Police royale irlandaise [3] Israeli Defense Forces (FDI) – Armée de défense d’Israël [4] Ulster était une province au Nord de l’Irlande sous contrôle britannique, considérée comme le rempart contre le nationalisme irlandais (cf. https://foreignpolicy.com/2010/06/23/why-the-irish-support-palestine-2/). De la même façon, Israël est considéré comme un rempart contre le nationalisme arabe, en tout cas contretout mouvement de libération et d’unité à l’échelle régionale arabe. [5] La Ligne verte correspond à la frontière établit en 1948 entre la partie de la Palestine occupée par le nouvel État israélien et le reste des territoires palestiniens.

mardi 26 juillet 2016

Vaincre la haine christianophobe, en France et en Syrie par Bruno Guigue

Assassiner un prêtre catholique dans son église, c'est frapper cruellement la France, la tétaniser par l'horreur du crime commis. Mais c'est aussi la frapper au plus profond, la blesser, à travers la communauté catholique, dans une de ses traditions spirituelles les plus anciennes. Avec l'ignoble attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, une France qui était déjà meurtrie le 14 juillet vient de subir de plein fouet la haine sectaire, antichrétienne, des émules de Daech. Les chrétiens d'Orient en savent quelque chose : cette vindicte meurtrière ne fabrique pas ses ennemis au hasard. Au Moyen-Orient, les communautés religieuses minoritaires dressent un obstacle symbolique sur les pas du projet totalitaire mené sous l’emblème de la "charia" wahhabite. Le pseudo-califat de Mossoul y exige une sanglante épuration confessionnelle qui frappe les chrétiens, les yézidis, les chiites, mais aussi les Kurdes, dont le sunnisme d’inspiration soufie est également suspect à leurs yeux. Si le djihadisme est (notamment) christianophobe, c'est parce que son idéologie sectaire de matrice saoudienne est circulaire : tous ceux qui, en raison de leur confession, sont naturellement enclins à la tiédeur envers l’entreprise purificatrice s’exposent à en faire les frais. Cette règle d'intolérance est valable partout, en France comme au Moyen-Orient. Elle est constitutive de l'entreprise d'asservissement dont Daech est l'avatar contemporain, et l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, après tant d'autres, est l'application de cette doctrine mortifère. Si les informations communiquées par les enquêteurs sont exactes, l'un des auteurs de ce meurtre, connu des services de police, aurait été refoulé par la Turquie à la fin de l'année 2015 lors d'une tentative de pénétration en Syrie. Ce candidat au "djihad" n'ayant pu exercer sa violence meurtrière au pays de Cham, il l'a donc déchaînée en France. Frustré de sa dose d'hémoglobine sur le théâtre syrien, il s'est offert une compensation à domicile. Difficile, une fois de plus, de nier le rapport entre la terreur qui s'abat sur nos têtes et la politique moyen-orientale de nos dirigeants. Avec cet aller-retour France-Turquie, le crime du 26 juillet fournit une illustration saisissante de l'effet boomerang entretenu par une politique française particulièrement perverse. Car les petites frappes du djihad ont été encouragées par le discours officiel à mener leur sanglante équipée en Syrie, et elles y sont parties par centaines, la fleur au fusil, pour tuer en masse les partisans de "Bachar-le-boucher", pour reprendre l'expression de Jean-Pierre Filiu, principal conseiller du président français et ministre officieux de cette propagande de guerre contre un Etat souverain. Ces desperados de la terreur, les Syriens de toutes confessions en subissent les exactions depuis 2011, et notamment les chrétiens du quartier de Bab Touma, à Damas, où les obus de mortier en provenance de la zone rebelle font régulièrement leur lot de victimes, jusque dans l'enceinte du Lycée français "Charles-de-Gaulle" ! Mais les "rebelles" de "l'armée de l'islam" font partie de l'opposition prétendument "modérée" reconnue par nos dirigeants, et ils bénéficient du précieux soutien de l'Arabie saoudite, ce pays allié de la France où le culte chrétien est rigoureusement interdit. Cela n'empêchera pas un exécutif français complètement schizophrène, totalement cynique, ou les deux à la fois, de condamner le crime christianophobe en France au moment où il le cautionne en Syrie en déroulant le tapis rouge devant des chefs "rebelles" couverts de sang. Manifestement, il s'avère incapable de répondre à la crise gravissime que traverse notre pays autrement que par la persévérance dans une double absurdité, politique et militaire. En diabolisant l'Etat syrien, le gouvernement français contribue à prolonger la prolifération du nid de serpents puisqu'il affaiblit la principale force qui l'affronte courageusement sur le terrain. Simultanément, il se livre à des bombardements aériens militairement ineptes qui ont pour principal effet, en tuant des civils, d'alimenter la haine de la France. Pour faire échouer cette tentative de déstabilisation de la société française, ni les discours compassionnels ni les mouvements de menton mussoliniens ne suffiront. Ce qu'il faut, c'est changer radicalement de politique et s'allier avec ceux qui combattent le terrorisme au lieu de distribuer des médailles à ceux qui le financent.

samedi 28 novembre 2015

Wahhabite connection : comment l’Arabie saoudite a déstabilisé le monde en exportant son islam radical depuis 40 ans

David Rigoulet-Roze David Rigoulet-Roze est chercheur rattaché à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS) et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques (L'Harmattan). L’Arabie saoudite est un allié de longue date des puissances occidentales, et joue en principe un rôle de « pivot » au Proche-Orient et au Moyen-Orient. Pourtant, le pays est aussi le berceau du wahhabisme, l’islam influençant la plupart des mouvements djihadistes. Quelle est la nature du lien que le Royaume des Saoud entretient avec ces différents mouvements ? David Rigoulet-Roze : L’Arabie saoudite apparaît en effet comme un allié de longue date des Occidentaux en général et des Etats-Unis en particulier. L’expression de cette alliance tient d’ailleurs dans ce qui est passé à la postérité comme le de « Pacte du Quincy »[1]. Le deal sous-tendant cette alliance pouvait se résumer de la manière suivante : le monopole américain sur le pétrole saoudien en contrepartie de la sécurité militaire assurée par les Etats-Unis. Il faut comprendre que se profile alors la Guerre froide et qu’il n’est pas question de permettre à l’Union soviétique de prendre pied dans la région qui contient les plus grandes réserves pétrolières avérées de la planète. A cet égard, les déclarations des responsables américains sont instructives dans la constante qu’elles révèlent par-delà les Administrations américaines. Comme le déclara en juin 1948, le secrétaire américain à la Défense de l’époque, John Forrestall : « L’Arabie doit désormais être considérée comme incluse dans la zone de défense de l’hémisphère occidental ». Avec le début de la Guerre froide, le nouveau président démocrate Harry Truman (1945-1952) se voulut plus explicite encore dans une lettre adressée à Ibn Saoud en date du 31 octobre 1950 : « Aucune menace contre votre royaume ne pourra survenir sans constituer un sujet de préoccupation immédiate pour les Etats-Unis ». Le changement d’Administration américaine avec le président républicain Dwight David Eishenhower (1952-1961) ne fit que confirmer ce grand deal. La « doctrine Ike » reposait plus que jamais sur l’idée cardinale selon laquelle on ne met pas en difficulté les alliés pétroliers du « Monde libre », ce qui revenait à leur assurer une sorte de garantie d’immunité, sinon d’impunité. C’est selon. Ces assurances américaines seront par la suite renouvelées par le président démocrate John Fitzgerald Kennedy (1961-1963) dans une lettre adressée à son successeur le roi Faysal, en date du 25 octobre 1963 : « Les Etats-Unis apportent leur soutien inconditionnel au maintien de l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite ». La base de cette alliance stratégique était encore résumée en ces termes à la fin des années 70 par Marshall Wylie, un diplomate américain : « Nous avons besoin de leur pétrole et eux de notre protection ». Cette alliance stratégique fut formalisée en ces termes par le président démocrate Jimmy Carter (1977-1981) dans son discours sur l’Etat de l’Union du 23 janvier 1980 : «Toute tentative, de la part de n’importe quelle puissance étrangère, de prendre le contrôle de la région du golfe Persique sera considérée comme une attaque contre les intérêts vitaux des Etats-Unis d’Amérique. Et cette attaque sera repoussée par tous les moyens nécessaires, y compris la force militaire ». On ne pouvait être plus clair. Le fait est qu’à l’époque, les Américains ne se préoccupaient pas véritablement du fait que le royaume saoudien n’était pas précisément un modèle de régime démocratique. Et ce, d’autant moins que les Etats-Unis allaient largement utiliser à leur profit les deux qualités essentielles faisant de ce royaume un partenaire stratégique indispensable, deux qualités qui se combinaient alors opportunément : la première résidait dans le fait que ce régime ultra-conservateur sur le plan politique et religieux était apparu en mesure de faire obstacle à la vague montante, dans les années 50-60, du « nationalisme arabe » à caractère républicain. Lequel s’exprima sous une forme résolument anti-colonialiste d’abord – notamment avec le panarabisme « socialisant » de Gamal Abdel Nasser en Egypte -, puis anti-impérialiste ensuite, ce qui ouvrait une « fenêtre d’opportunité » inespérée au développement de l’influence soviétique dans la région[2] ; la seconde résidait dans le fait que le royaume d’Arabie saoudite – ce « royaume des sables » transformé par les grâces de la géologie en caricature de « Pays de l’Or noir », faisant de lui la « banque du pétrole », puisqu’il était, et est toujours quoiqu’on en dise parfois, doté des plus grandes « réserves prouvées » aisément accessibles de la planète[3] ce qui lui confère le statu de swing-producer (« producteur-pivot ») de l’OPEP -, disposait des moyens financiers idoines pour ce faire, les fameux « pétro-dollars ». Ces derniers allaient lui permettre de financer sa politique « réactionnaire » au premier sens du terme, en favorisant hors du royaume – lequel se trouve être historiquement le « berceau » du wahhabisme[4] – le développement d’une idéologie islamiste rétrograde dont le salafisme[5] constitue en quelque sorte le produit d’exportation. De fait, il s’agit pour Riyad d’étendre l’influence saoudienne au-delà même du monde arabe selon le principe du daawa wal irchad (« prosélytisme et propagation de la foi », d’obédience exclusivement wahhabite, cela va sans dire). Cette forme d’islamo-salafisme peut prendre une expression particulièrement virulente lorsque les circonstances historico-politique lui offrent l’opportunité de se projeter à l’extérieur du Dar al islam (« Monde de l’islam ») dans le Dar al Harb (« Monde de la guerre ») à travers une logique spécifiquement djihadiste. A cet égard, le djihad anti-soviétique en Afghanistan au début des années 80 est emblématique d’une dynamique qui, en pleine Guerre froide, converge alors avec les intérêts américains. Le président américain Ronald Reagan qualifiera d’ailleurs les moudjahidines (« combattants de la foi ») de « combattants de la liberté » ceux qui allaient mener le djihad en Afghanistan largement financé par les « pétro-dollars » saoudiens. Au début des années 80, les recettes saoudiennes passèrent de quelque 65 milliards de dollars à près de 135 milliards en 1981[6]. Riyad offrait quasi-gratuitement des billets d’avion à ceux qui – comme un certain Oussama Ben Laden – manifestaient la velléité d’aller combattre l’Armée rouge en Afghanistan, cette dernière s’épuisant durant près d’une décennie avant d’entamer un piteux retrait en 1988. On retrouve encore l’Arabie saoudite lorsqu’elle convient avec les Etats-Unis de faire délibérément plonger, en août 1986, les cours du brut en ouvrant les vannes pour affaiblir l’Union soviétique, certes gros producteur d’hydrocarbures, mais simultanément gros consommateur, ce qui signifie que ses ressources étaient fortement dépendantes de ses ventes de produits énergétiques. Or, en l’espace de six mois, le prix du brut passa de 28 dollars le baril à seulement 9 dollars pour stagner ensuite autour de 15 dollars[7]. Les prix de vente baissant brutalement, Moscou avait comme alternative soit de diminuer les achats effectués à l’étranger (notamment en termes d’équipement industriel) afin de rétablir une balance fortement déficitaire, soit de prélever sur la consommation interne de pétrole pour accroître les ventes en volume afin de préserver ses parts de marché. Dans les deux cas, l’économie soviétique ne pouvait être que pénalisée. Ce qu’elle fut effectivement. Cela contribua largement à accélérer l’effondrement du système soviétique en tant que tel, tout simplement parce que Moscou n’avait plus les moyens de ses ambitions[8]. Ce contexte géopolitique favorable permettait dans le même temps à l’Arabie saoudite de poursuivre la diffusion d’une forme de sunnisme radical – l’islamo-salafisme – au niveau de la Oummah (« Communauté musulmane ») au sein de laquelle il constituait plutôt l’exception que la règle. Le problème posé par les attendus spécifiques de la politique saoudienne n’apparaîtra que par la suite, en différé si l’on peut dire. C’est ce que les Anglo-saxons appellent le blowback (« effet retour »). D’une certaine manière, le solde d’une certaine « naïveté », sinon d’une certaine « indulgence » américaine interviendra avec les attentats du 11 septembre 2001, perpétrés par l’organisation d’Al-Qaïda fondée par Oussama Ben Laden : cette organisation islamo-terroriste apparaît en quelque sorte comme le sous-produit « monstrueux » de cette forme de sunnisme extrémiste promu par l’Arabie saoudite dès la fondation du royaume en 1932 grâce à la corne d’abondance des « pétro-dollars ». A quelle hauteur l’Arabie saoudite a-t-elle contribué à financer le développement du wahhabisme ? Quels moyens ont été employés et quel était alors le but recherché ? Sa créature lui a-t-elle échappé ou faut-il y voir une certaine forme de duplicité ? La promotion de l’obédience wahhabite par le régime saoudien est consubstantielle à l’identité du royaume. L’Arabie saoudite a, de fait, toujours préféré plutôt mettre l’accent sur l’unité de la Oummah musulmane subsumée par al-Hakamiyya, une « souveraineté » fondée directement par le Coran, et promouvoir une forme inédite de « panislamisme » induite par la garde saoudienne des « lieux saints » que sont La Mecque (Makkah Al-Mukkaramah, littéralement la « ville sainte » en arabe), et Médine (Al-Madinah Al-Munawarah, littéralement en arabe la « ville illuminée »), également connue sous l’appellation de Al-Madinah al-Nabi (« la ville du Prophète »), même si ce monopole n’est pas toujours du goût de tous les croyants qu’ils soient sunnites ou chiites d’ailleurs. Dès 1956, le prince et futur roi Fayçal déclarait que « l’islam [dans sa variable wahhabite exclusive évidemment, NDA] devait être au centre de la politique étrangère du royaume ». Cette stratégie recoupait également des intérêts plus triviaux. N’entendant pas vraiment partager avec les autres pays arabes le pactole pétrolier fourni par les plus grands gisements du Moyen-Orient, la dynastie saoudienne a ainsi récusé l’idéologie de l’unité arabe défendue par Gamal Abdel Nasser, et proclamé en revanche de manière ostensible le projet islamique d’unité de tous les musulmans, une entreprise démesurée qui, comme le souligne Yves Lacoste, a l’avantage procrastinant de ne pouvoir se réaliser dans l’immédiat. Le fait est qu’à l’origine, c’est bien directement pour contrer les tendances vues de Riyad comme dangereusement « révolutionnaires » de la Ligue Arabe pétrie de cet « arabisme unitaire » qui effrayait tant les Saoudiens, que le prince Fayçal avait organisé, en mai 1962, un « sommet islamique » à La Mecque. Lequel se présentait comme une réponse au « nationalisme arabe » et, pour ce faire, cherchait à étendre l’influence saoudienne au-delà précisément du « monde arabe », selon le principe susmentionné du daawa wal irchad (« prosélytisme et propagation de la foi »). Dans le prolongement direct de cette conférence, Fayçal allait patronner fin 1962 – soit au plus fort de la rivalité qui l’opposait alors au « nationaliste » égyptien, le président Gamal Badel Nasser (1956-1970), lequel appelait ouvertement au renversement de la monarchie saoudienne en déclarant que « Les Arabes devraient commencer par libérer Riyad avant de libérer Jérusalem » – la fondation d’une « Ligue du monde islamique » ou « Ligue islamique mondiale » (Al Rabita al-Islamiya al-‘Alamiya). Elle est plus connue aujourd’hui sous l’acronyme LIM, dont la Charte se trouva adoptée le 15 décembre 1962 et le siège établi à La Mecque. Sur fond de danger « nassériste », considéré dans sa double modalité socialiste et laïque, la LIM avait vocation à lutter contre toute forme de velléité à caractère « révolutionnaire ». Elle trouva son complément dans l’« Organisation de la Conférence islamique », instance politique composée des chefs d’Etats et de leurs représentants, créée à Rabat en septembre 1969 et dont le siège se trouve également à Djeddah, en Arabie Saoudite. Par-delà les apparences, la plus importante des deux n’est pas forcément celle que l’on croit. La LIM a statut d’ONG, mais elle est bien plus que cela. Financée dès l’origine par l’ARAMCO (Arabian-American Oil Company) – la compagnie pétrolière initialement américano-saoudienne – ou des institutions financières islamiques comme la Faysal Finances ou la banque al-Baraka[9], elle s’est d’emblée officiellement voulue une organisation religieuse chargée de propager le message de l’islam via une assistance matérielle et culturelle aux autres pays musulmans. Mais, en raison de la très forte implication saoudienne, l’islam qu’elle promeut est naturellement un islam très largement d’obédience wahhabite, ce qui en a fait un instrument discret mais très efficace, sinon redoutable, de la diplomatie « religieuse » saoudienne. Tout en apportant une aide matérielle importante – grâce à la manne des « pétro-dollars »[10] – la LIM affiche sa vocation, sinon son ambition, « spirituelle » face aux minorités musulmanes établies hors du monde islamique, laquelle se traduit notamment par la formation des imams, le financement des mosquées, ou l’édition de milliers d’exemplaires du Coran. Mais l’activité de la LIM a également une dimension plus spécifiquement « théologico-politique », voire « politique » tout court : ainsi de la demande faite dans les années 70 à la France d’accorder l’indépendance à Djibouti, indépendance devenue effective en 1977 ; ou de la dénonciation virulente de l’invasion soviétique en Afghanistan suivi de l’appui circonstancié aux moudjahidines afghans ; ou encore du soutien aux Musulmans bosniaques contre les Serbes et les Croates en ex-Yougloslavie entre 1993 et 1995 ; voire du soutien à la résistance des moudjahidines tchétchènes stigmatisés par Moscou comme « wahhabites » – est-ce un hasard – depuis le lancement en 1994 de la première guerre de Tchétchénie par le pouvoir russe post-soviétique jusqu’à ses prolongements caucasiens actuels. Cet activisme prosélyte a, depuis longtemps, fait l’objet d’accusations récurrentes, de la part de nombreux pays, de soutien financier à des groupes islamistes liés à des organisations terroristes[11]. La LIM s’en est évidemment toujours vigoureusement défendu allant jusqu’à condamner catégoriquement le terrorisme en juin 1993, mais sans véritablement convaincre[12]. En effet, l’argument traditionnel des Saoudiens, consistant à expliquer qu’ils n’ont aucun contrôle sur les « financements privés » des fidèles, apparaît difficilement recevable du fait de la symbiose existante entre le pouvoir saoudien et les instances de la Ligue dont tous les principaux dirigeants sont saoudiens. Les statuts de la LIM stipulent d’ailleurs que son secrétaire général doit être de « nationalité saoudienne ». Longtemps, les dirigeants saoudiens ont fait la sourde oreille aux requêtes émanant des pays occidentaux mais également arabes de cesser de financer nombre de mouvements islamistes bénéficiant de la manne de la LIM. Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, mais peut-être surtout après la vague d’attentats terroristes qui ont touché le royaume saoudien dans les années 2003-2004, Riyad a un temps adopté une attitude moins complaisante, à défaut d’accepter de revoir totalement sa « politique islamique » qu’elle estime être consubstantielle de son identité étatique. Et c’est probablement là une grande partie du problème. On en prend la mesure avec l’activisme de l’« Assemblée mondiale de la jeunesse musulmane » également connue sous l’acronyme WAMY (World Assembly of Muslim Youth), créée à Djeddah en 1972 avec l’objectif explicite d’éduquer la jeunesse selon les préceptes de l’« islam authentique », c’est-à-dire du rigorisme wahhabite, cela va sans dire pour le régime saoudien. Outre le fait qu’elle doit être objectivement considérée comme un organe de propagande wahhabite, la WAMY est soupçonnée, tout comme d’autres ONG saoudiennes dépendant de l’association des organisations caritatives musulmanes, de favoriser le transit de fonds destinés à la lutte armée ou au terrorisme sous couvert d’aide humanitaire. Sa littérature prosélyte a été accusée de comprendre des documents incitant à l’impérialisme islamique, à la haine au voire au djihad armé[13]. Quels mouvements ont pu se développer dans ce sillage ? L’Arabie saoudite n’est-elle finalement pas la principale coupable, ou du moins la principale complice, du terrorisme islamique ? Il y a une sorte de schizophrénie de la part de l’Arabie saoudite quant à la question de l’islamisme radical, qui tient pour partie au dualisme intrinsèque du salafisme qu’il promeut idéologiquement, comme a pu le souligner Gilles Kepel[14]. Il existe en effet une forme de « salafisme cheikhiste » et une forme de « salafisme djihadiste » qui constituent en quelque sorte les deux faces d’un même janus salafiste. Le « salafisme cheikhiste » impliquant le respect de l’autorité traditionnelle du cheikh ne pose a priori pas de problème en interne. Le fait est que les salafistes qui sont par principe « légitimistes » sur le plan politique, ont toujours manifesté la plus grande réticence à développer un « parler politique », quand ils ne sont pas résolument opposés à s’inscrire dans une logique « électorale » en ce qu’elle est susceptible de favoriser la fitna (« division », « conflit », « sédition »), une caractéristique qui les distingue précisément de l’islamisme plus spécifiquement politique de la confrérie des Frères musulmans (Jamiat al-Ikhwan al-muslimin, littéralement Association des Frères musulmans). Les salafistes sont néanmoins volontiers disposés à s’engager pour mener le djihad dans le Dar el Harb (« Monde la guerre »), en contrepoint de leur refus « légitimiste » de contester les pouvoirs en place au sein du Dar el islam (« Monde de l’islam »), ce qui ne peut que convenir à des régimes ultra-conservateurs comme les pétro-monarchies du CCG en général, et l’Arabie saoudite en particulier. Le problème pour ces régimes surgit lorsque ce « salafisme djihadiste » d’exportation mute sous la forme interne d’un djihado-terrorisme, comme ce fut le cas avec le retour des « Arabes afghans » dans leur pays d’origine, dont un certain Oussama Ben Laden. Après le retrait de l’Armée rouge en 1989, Oussama Ben Laden était rentré en Arabie saoudite où il avait vécu en direct le traumatisme de l’arrivée des troupes américaines sur le horm[15] et avait commencé à critiquer sévèrement la « maison royale » qu’il accusa ouvertement de « décadence occidentale », du fait de son alliance taghout (« impie ») avec les Etats-Unis. A l’occasion d’un long entretien accordé en 2001 au grand reporter Robert Fisk, Oussama Ben Laden s’était fait plus précis encore à propos de la dynastie Al Saoud : « Le régime a démarré sous la bannière de l’application de la charia [la loi islamique], et, sous cette bannière, tout le peuple d’Arabie saoudite est venu aider la famille saoudienne à prendre le pouvoir. Mais Abdelaziz [Ibn Saoud] n’a pas appliqué la charia ; le pays a été créé pour sa famille. Puis, après la découverte du pétrole, le régime saoudien a trouvé un nouvel appui – l’argent – pour enrichir le peuple, lui offrir les services et la vie qu’il voulait et le contenter ». Pour Ben Laden, l’année 1990 fut, sans mauvais jeu de mots, à marquer d’une « pierre noire » : « Quand les troupes américaines ont pénétré dans le pays des deux lieux saints, les Oulémas [« docteurs de la foi » musulmane] et les étudiants de la charia ont protesté vigoureusement dans tout le pays contre l’intervention des soldats américains. Le régime saoudien, en commettant la grave erreur d’inviter les troupes américaines, a révélé sa duperie. Il a apporté son soutien à des nations qui combattent les musulmans. Ils [les Saoudiens] ont aidé les communistes yéménites contre les Yéménites musulmans du sud – la famille Bin Laden est originaire du Yémen – et ils aident le régime d’Arafat à combattre le Hamas. Après avoir insulté et emprisonné les Oulémas, le régime saoudien a perdu sa légitimité ». Ben Laden estimait qu’une grande trahison s’était produite : « Le peuple saoudien se souvient maintenant de ce que lui ont dit les Oulémas, et il s’aperçoit que l’Amérique est la principale cause de ses problèmes. L’homme de la rue sait que son pays est le plus gros producteur de pétrole au monde, et pourtant il subit des impôts et ne bénéficie que de mauvais services. Le peuple comprend maintenant les discours des Oulémas dans les mosquées – selon lesquels notre pays est devenu une colonie américaine. Il agit avec détermination pour chasser les Américains d’Arabie saoudite […] Les Saoudiens savent maintenant que leur véritable ennemi est l’Amérique »[16]. Le vers était dans le fruit. C’est ce qui aurait poussé Riyad à passer un deal avec Oussama Ben Laden, à la faveur d’une rencontre organisée en 1991 entre le chef d’Al-Qaïda et le prince Turki Al-Fayçal[17] lorsque ce dernier était encore l’omnipotent chef du GID (services secrets saoudiens) : en contrepartie d’une somme de quelque 200 millions de dollars destinée à financer le djihad, il aurait été demandé et obtenu de Ben Laden, alors autorisé à quitter l’Arabie saoudite, de ne pas importer ce même djihad au sein du royaume saoudien, laissant en revanche une entière liberté d’action au fils prodigue pour aller semer la tempête aux quatre coins du monde[18]. Ce deal a toujours fait l’objet des plus vifs démentis de la part du principal intéressé saoudien mais il poursuit encore la réputation sulfureuse du Prince Turki al-Fayçal. Si pacte il y eut il devint bel et bien caduque avec la vague d’attentats des années 2003-2004 imputés à Al-Qaïda. La menace sur le royaume n’a pas disparu depuis et elle connaît un regain de vigueur inédit avec l’apparition de l’« Etat islamique » officiellement établi le 29 juin 2014[19], lequel a largement pris le relais d’une Al-Qaïda pour partie supplantée par sa redoutable concurrente djihadiste. On retrouve la même schizophrénie que précédemment si l’on considère que, dans un premier temps, l’EILL (« Etat islamique en Irak et au Levant ») devenu depuis l’« Etat islamique », a probablement bénéficié d’une certaine complaisance de la part des pétro-monarchies en général, voire de l’Arabie saoudite en particulier via la politique planifiée par le prince Bandar devenu chef d’Al Mukhabarat Al A’amah ou General Intelligence Directorate (GID) selon l’acronyme anglo-saxon, c’est-à-dire les services de renseignements du royaume, le 19 juillet 2012 jusqu’à son retrait sur décision royale le 15 avril 2014. L’EIIL, en effet, représentait un potentiel de déstabilisation avéré contre le régime alaouite – une secte dérivée du chiisme – du président Bachar al-Assad en Syrie et du gouvernement chiite pro-iranien de l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki en Irak. C’est certainement ce qui fait que cette organisation djihado-terroriste ait pu faire l’objet de financements de la part de certains « généreux donateurs privés » du Golfe ainsi que l’on qualifie souvent les initiateurs de ces fonds, afin éviter d’avoir à mettre éventuellement en cause les Etats en tant que tels. Mais cette complaisance fautive initiale risque d’avoir un coût, car aujourd’hui l’« Etat islamique » est devenu une sorte de créature de Frankenstein qui proclame ouvertement son ambition d’expansion territoriale sur une large échelle du Proche et du Moyen-Orient arabo-musulman et de renverser les régimes stigmatisés comme « corrompus » de ces pétro-monarchies. La pression se fait d’ores et déjà sentir sur les frontières régionales. La menace n’épargne plus le royaume d’Arabie saoudite, pourtant siège des « deux lieux saints » que sont La Mecque et Médine, puisque l’« Etat islamique » par la voix d’un responsable de l’organisation, un certain Abou Tourab Al Mugaddasi, est allé rien moins que jusqu’à prôner la destruction de la Kaaba (« la Pierre noire »)[20] de la Mecque et de « tuer ceux qui adorent la pierre ». Et ce au motif que la vénération de cette « Pierre noire » qui faisait l’objet d’un culte pré-islamique renverrait au péché du Shirk (« associationnisme »), c’est-à-dire à une séquelle du polythéisme : « Si Allah le veut, nous allons tuer ceux qui adorent des pierres à la Mecque et détruire la Kaaba. Les gens vont à la Mecque pour toucher les pierres, pas pour Allah »[21]. Cette logique stricto sensu iconoclaste a de fait déjà été mise en pratique dans les territoires soumis à leur emprise de l’« Etat islamique ». Ainsi ce dernier avait-t-il ordonné la destruction, le 24 juillet 2014, la tombe du prophète Jonas, un vaste complexe dans l’Est de Mossoul qui s’élève sur le lieu d’une ancienne église et d’un ancien château, considéré comme l’endroit où fut enterré Younous (Jonas), un prophète juif révéré également par les chrétiens. L’endroit était administré par un ordre soufi auquel les salafistes s’opposent souvent violemment. Il avait déjà fait l’objet d’un attentat en 2010, mais n’avait été que légèrement endommagé. Le site de Jonas, situé sur une hauteur, fut longtemps appelé Tall al-Tawba, la « colline du repentir ». Le même jour, un autre lieu de culte (la mosquée de l’imam Aoun Bin Al-Hassan) avait également été détruit alors que le mausolée du prophète Daniel se trouvait bombardé. Les mausolées sont considérés comme une déviance de l’islam, en particulier ceux des Chiites, à propos desquels l’article 10 de la même charte interdit désormais toute manifestation publique – les cérémonies de l’Achoura, notamment -, au prétexte qu’elles sont contraires à l’islam[22]. A cet égard, il n’est pas anodin de rappeler que parmi les croyances contre lesquelles le wahhabisme lutte farouchement, il y a notamment ce qui relève du tawassoul, une forme d’invocation qui consiste à solliciter l’intercession d’un prophète ou des saints (awlias) pour se rapprocher davantage de Dieu. C’est ce qui conduit les Wahhabites à vouloir détruire tout lieu de culte qui pourrait éventuellement amener les croyants à adopter des pratiques relavant du péché du shirk susmentionné, et donc du polythéisme. La première destruction importante de sites s’était déroulée en 1806 lorsque les Wahhabites avaient occupé Médine une première fois. Ils avaient alors saccagé le Baqi’, ce cimetière qui contenait les restes des figures principales de l’Islam des origines. Plus tard, après avoir de nouveau pris le contrôle des villes saintes, les Wahhabites avaient détruit, en avril 1925, les tombes des compagnons du prophète et dispersé leurs restes pour éviter toute forme de vénération jugée contraire à l’islam authentique. Ils n’étaient pas allés jusqu’à le faire pour celle du prophète lui-même. Un plan visant à déplacer la tombe du Prophète située dans la mosquée de Médine, le deuxième lieu saint de l’islam, et à transporter son corps dans un cimetière voisin serait pourtant envisagé aujourd’hui[23]. C’est du moins ce que préconiserait un rapport de 61 pages qui circule entre les mains des responsables en charge du lieu saint. La mosquée du Prophète, Masjid Al-Nabawi, à Médine, qui renferme la tombe de Mohammed, attire chaque année des millions de visiteurs musulmans. Le corps du Prophète, selon le document, pourrait être déplacé dans le cimetière voisin d’al-Baqi, et placé dans une tombe anonyme, pour éviter tout recueillement jugé inconvenant. Plusieurs membres de la famille de Muhammad reposent déjà dans ce cimetière. En 1924 déjà, toutes les inscriptions des tombes avaient été retirées, pour que les pèlerins ne sachent pas où ils sont enterrés, et qu’ils ne prient pas sur leurs tombes. Le père du Prophète y avait été déplacé dans les années 70. Le document recommanderait aussi de retirer le « Dôme vert », surplombant la tombe et les chambres qui l’entourent. Ces dernières, utilisées par les femmes et les filles du Prophète, devraient aussi être détruites, pour les mêmes raisons. Ces pièces attenantes sont pourtant particulièrement vénérées par les chiites en raison de leur lien particulier avec Fatima, la plus jeune des filles de Mohammed et épouse du calife Ali. Les mausolées étant, pour cette raison, considérés comme une déviance de l’islam, en particulier ceux des Chiites, c’est sans doute ce qui sous-tend l’édiction de l’article 10 de la « charte » de l’« Etat islamique » diffusée fin juin 2014, laquelle interdit désormais toute manifestation publique – les cérémonies de l’Achoura, notamment -, au prétexte qu’elles seraient contraires à l’islam[24]. Ce type de règlement ne dépare donc pas tellement avec la doctrine du fondateur de l’actuelle obédience saoudienne, à savoir Ibn Abdal Wahhab, lequel était marqué par une forme dangereuse d’intransigeance « purificatoire ». Selon lui, tout ce qui n’est pas explicitement autorisé (halal) sur le plan religieux devait être, dans le doute, résolument interdit (haram). Dès lors, la musique allait être strictement bannie comme elle l’est par l’« Etat islamique » dans les territoires qu’il contrôle. Le Kitab Al Tawhîd[25] (le « Livre de l’Unification ») du théologien Ibn Abdal Wahhab constitue en l’espèce la base de la doctrine qui fait toujours aujourd’hui office de religion d’Etat en Arabie saoudite. Le Kitab, écrit vers 1840, va jusqu’à déconseiller aux mosquées de s’orner de minarets au motif que ces derniers risquent d’apparaître comme des éléments décoratifs inutiles risquant de distraire les croyants[26]. Cela pouvait également renvoyer au fait que les minarets étaient inconnus au temps du Prophète et que leur érection aurait alors renvoyé à une forme de bida (« innovation »). Ibn Abdal Wahhab était intimement persuadé d’avoir été investi d’une mission, celle de purifier l’islam de ses dérives « hérétiques », sinon « idolâtres ». Voilà pourquoi le Wahhabisme serait en mesure de prôner pour la première fois dans l’histoire de l’islam le djihad contre d’autres musulmans, en les dénonçant comme « hérétiques », voire « adorateurs d’idoles » (Mushrikun en arabe, stricto sensu « associant », nom donné aux païens dans le Coran[27]). Il s’estimait en droit de prendre des fatwas[28] (« décrets religieux ») takfiristes, c’est-à-dire jetant l’anathème et prônant l’excommunication (en référence au mot arabe takfîr, littéralement « anathème », « excommunication » qu’on retrouve aujourd’hui dans la terminologie djihadiste d’une organisation comme l’« Etat islamique », c’est-à-dire pouvant aller jusqu’à condamner d’autres musulmans à mort – au premier rang desquels les Chiites – , en stigmatisant comme Kouffar [pluriel de kafir signifiant « infidèle »] tous ceux qui refuseraient de s’aligner sur cette doctrine qui a, d’une certaine façon, servi de fondement à l’actuelle idéologie takfiriste très en vogue chez la plupart des djihadistes contemporains. Pourquoi le pays reste-t-il alors invariablement un allié des Etats-Unis ? Les avantages sont-ils vraiment supérieurs aux inconvénients qui apparaissent pourtant considérables pour ces derniers ? La diminution de la dépendance américaine par rapport au pétrole saoudien, et le rapprochement avec l’Iran peuvent-ils changer la donne ? L’Arabie saoudite demeure officiellement un allié stratégique des Etats-Unis, même si les attentats du 11 septembre perpétrés par une vingtaine d’« islamikazes », dont 15 d’origine saoudienne, ont sans doute constitué un tournant dans cette relation finalement ambivalente. Le syndrome d’une saudi-connection plane toujours comme une « ombre portée » sur cette relation. Les 28 pages non-déclassifiées du « Rapport final de la commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis » publié le 22 juillet 2004[29] le prouvent également. Mais le « pacte du Quincy », qui avait scellé une alliance de 50 ans qui arrivait à échéance en 2005, aurait été reconduit de nouveau pour cinquante ans, même si on ignore si les clauses sont identiques. Le fait est que, depuis le 11 septembre, c’est l’extrémisme sunnite qui est devenu l’ennemi fondamental pour les Etats-Unis, qu’il prenne le nom d’Al-Qaïda ou d’« Etat islamique ». Or, il n’est pas anodin de relever la supposée gaffe commise par l’actuel VIP (vice-président) américain Joe Biden au forum de John Kennedy Jr de l’université de Harvard, dans l’Etat du Massachusetts, à l’occasion de sa conférence sur « La politique des Etats-Unis au Moyen-Orient ». Lors de son allocution du 3 octobre 2014, Joe Biden a stigmatisé des « alliés arabes et musulmans pour leur implication directe avec les terroristes en Syrie, y compris les militants d’Al-Qaïda ». Il a souligné : « Notre plus gros problème était dans nos alliés dans la région. Les Turcs sont de grands amis, ainsi que les Saoudiens et les résidents des Emirats Arabes Unis et autres. Mais leur seul intérêt était de renverser le président syrien Bachar al-Assad et pour cela ils ont mené une guerre par procuration entre les Sunnites et les Chiites et ils ont fourni des centaines de millions de dollars et des dizaines de milliers de tonnes d’armes à tous ceux qui acceptent de lutter contre al-Assad ». Et de poursuivre : « Mais les gens qui ont reçu ces sommes et ses armes étaient des militants du Front al-Nosra et d’Al-Qaïda sans compter d’autres éléments extrémistes venant d’autres régions du monde. Pensez-vous que j’exagère ? Regardez le résultat » [avec l’émergence de l’« Etat islamique » qu’il faut désormais combattre, NDA]. « Sauf que maintenant, nos alliés ont pris conscience de leur erreur et ont accepté de se joindre à la coalition antiterroriste dirigée par Washington » a tout de même ajouté le vice-président américain. En concluant : « Contre toute attente, chacun d’entre eux a compris ce qui se passait ». Le verbatim avait provoqué un tollé dans les capitales des pays concernés et il avait dû s’excuser. Deux jours après l’avoir fait auprès des Émirats arabes unis et de la Turquie le lendemain de sa prestation, le vice-président s’était senti obligé d’ appeler, le 7 octobre suivant, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Saud al-Fayçal, pour s’excuser de sa gaffe diplomatique suggérant que l’Arabie saoudite ainsi que d’autres « alliés » avaient financé et armé des djihadistes en Syrie. Ce n’était pas la première fois qu’une personnalité de premier plan stigmatisait les relations problématiques du royaume saoudien avec l’extrémisme musulman. Le site Wikileaks avait ainsi divulgué un message de Hillary Clinton, classé document secret, en date du 28 décembre 2009, et selon lequel : « Les donateurs d’Arabie Saoudite constituent la source la plus significative du financement du terrorisme sunnite à travers le monde dont les Talibans en Afghanistan et Lashkar-e-Taiba (LeT) au Pakistan. Elle qualifiait même l’Arabie Saoudite de « cash machine du terrorisme »[30]. C’est dire. Ce type de déclaration pourrait traduire une évolution sans doute progressive mais profonde de la politique américaine vis-à-vis de Riyad, précisément pour cette raison. Cela tient peut-être en partie au fait que les Etats-Unis ont moins besoin du pétrole saoudien que ce n’était le cas auparavant. L’AIE (Agence internationale de l’énergie) a officiellement déclaré, en octobre 2014, les Etats-Unis comme étant désormais le plus grand producteur de pétrole brut et de gaz naturel, détrônant ainsi l’Arabie saoudite, leader historique. Ce passage de témoin au sommet de la hiérarchie des producteurs d’hydrocarbures liquides serait en réalité effectif depuis avril dernier, mois au cours duquel les Etats-Unis ont produit 11,58 millions de barils par jour (mbj) contre 11,31 mbj pour l’Arabie saoudite, selon les dernières données révisées de l’AIE. En mai, juin, juillet, août et septembre, les Etats-Unis ont produit respectivement 11,57 mbj, 11,85 mbj, 11,71 mbj, 11,78 mbj et 11,97 mbj. L’Arabie saoudite a, quant à elle, produit ces mêmes mois, 11,44 mbj, 11,499 mbj, 11,75 mbj, 11,44 mbj et 11,47 mbj. Ce boom de l’énergie américain est dû à l’exploitation du gaz de schiste, qui a provoqué une véritable révolution économique dans des États comme le Texas et le Dakota du Nord. C’est dans cette configuration inédite qu’il convient de s’interroger sur l’actuelle politique pétrolière menée par l’Arabie saoudite. Riyad a en effet décidé d’assumer l’idée d’un baisse des cours du brut en ouvrant délibérément les vannes en septembre ce qui revient a augmenter sa production, en même temps qu’il a réduit les prix pratiqués vis-à-vis de ses clients en Asie. Les Saoudiens ont ostensiblement déclaré qu’ils pouvaient envisager un cours du pétrole à 90 dollars le baril, et même à 80 dollars le baril pour les deux prochaines années, voire un prix du baril oscillant entre 50 dollars et 60 dollars pour ses clients asiatiques et nord-américains. L’objectif non-déclaré serait de pénaliser économiquement les deux gros producteurs que sont la Russie d’une part, et l’Iran d’autre part, pour cause de soutien indéfectible aux régimes chiites ou assimilés de de Bachar al-Assad en Syrie et du gouvernement de Bagdad avec en arrière-plan la crise sur le nucléaire iranien[31]. Mais derrière ce jeu baisser, existe peut-être aussi le mobile caché pour Riyad d’hypothéquer la potentielle indépendance énergétique des Etats-Unis susceptible d’intervenir avant 2030 en devenant même exportateur net de brut, selon la même AIE. Une éventualité qui inquiète au plus haut point Riyad dont le moyen de pression pétrolier serait alors considérablement dévalué stratégiquement parlant. Le prince milliardaire Walid bin Talal, dans une déclaration en date du 28 juillet 2014, considère de fait que l’exploitation de ces hydrocarbures non-conventionnels « constituait une menace pour l’économie saoudienne » et justifierait une plus grande diversification interne. La rentabilité des gaz et pétrole de schistes exploité aux Etats-Unis implique, en effet, un cours oscillant autour de 70 dollars. Le jeu en vaudrait la chandelle pour Riyad même si le même prince Walid bin Talal estime que cette politique risque d’être catastrophique pour le royaume[32]. Comme le souligne le chercheur Bruno Tertrais de la FRS (Fondation de la Recherche Stratégique) : « Un cycle stratégique d’une décennie s’est conclu fin 2011, avec la mort d’Oussama ben Laden et le retrait des dernières forces américaines d’Irak. Quelques mois plus tard, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils allaient ‘rééquilibrer’ leur stratégie vers l’Asie. Derrière ces événements géopolitiques très médiatisés, une autre évolution majeure, moins visible, est en cours : la réduction rapide de la dépendance énergétique des Etats-Unis vis-à-vis de l’étranger. Pris ensemble, ces trois événements annoncent une ère stratégique nouvelle ». Les Etats-Unis continueront sans doute « d’être engagés fortement dans la sécurité de la région [du Golfe]. Mais ils le seront sans doute plus librement que cela n’a été le cas durant les quatre dernières décennies »[33]. C’est ce qui est à l’œuvre aujourd’hui avec le « ré-engagement » américain dans une nouvelle guerre en Irak – la troisième en l’espace de trois décennies – cette fois contre l’« Etat islamique ». Mais cette nouvelle intervention militaire se fait selon des modalités très différentes des deux premières, c’est-à-dire sans envoyer un corps expéditionnaire de plusieurs centaines de G.I.’s sur le théâtre d’opérations, même si la question de la nécessité ou non d’engager un certain nombre de soldats au sol demeure posée, nonobstant le No Boots on the Ground qui constitue le viatique du président Barack Obama. [1] L’alliance fut solennellement scellée lors de la fameuse rencontre effectuée, le 14 février 1945, sur le lac Amer entre Port-Saïd et l’embouchure du canal de Suez, au large de Djeddah, à bord du croiseur USS Quincy, entre le président Roosevelt et le roi Abdulaziz Ibn Saoud, plus connu sous le nom d’Ibn Saoud. Toujours est-il que cette alliance – stratégique s’il en est – a peu ou prou perduré jusqu’à aujourd’hui en dépit de sa mise à mal du fait des attentats du 11 septembre 2001, dont quinze des dix-neuf pirates de l’air kamikazes étaient de nationalité saoudienne. Elle est néanmoins moins étroite aujourd’hui malgré sa reconduction supposée en avril 2005, et ce d’autant moins que le développement des hydrocarbures non-conventionnels (pétrole et gaz de schiste) sont en passe d’assurer l’indépendance énergétique des Etats-Unis à l’horizon 2020, voire avant, ce qui dévalue stratégiquement l’alliance avec l’Arabie saoudite. C’est une marge de liberté inédite, sur le plan stratégique, dont les Américains pourront alors bénéficier. [2] Moscou allait d’ailleurs nouer des liens avec nombre de pays arabes engagés dans ce processus : avec l’Egypte nassérienne (en 1964), avec les deux puissances « baathistes » que sont la Syrie (en 1966) et l’Irak (en 1972) ainsi qu’avec la République démocratique populaire du Yémen du Sud (en 1970). [3] Elles sont estimées à quelque 270 milliards de barils, soit près d’un cinquième du total des réserves mondiales. Ces réserves étaient « officiellement » les plus importantes dans le monde jusqu’à ce que le Venezuela ait annoncé en janvier 2011 qu’il « réajustait » le niveau de ses réserves prouvées à 300 milliards de barils en intégrant les sables bitumeux. Mais il convient d’être prudent en la matière. [4] L’histoire de l’Arabie saoudite est avant tout celle d’une alliance théologico-politique conclue au XVIIIème siècle entre deux familles, celle des Al-Saoud et celle du grand « réformateur » puritain Muhammad Ibn ‘Abd al-Wahhab (1703-1792), originaire de l’Arabie centrale et dont les descendants sont connus aujourd’hui comme Al Ach Shaykh, que l’on pourrait traduire par « Les descendants du Maître ». Le marché initial était clair et reste valable jusqu’à aujourd’hui : les Al Sa’ûd s’engageaient à éradiquer toute forme de pensée autre que le Wahhabisme qui prône une version « littéraliste » de l’islam sunnite sur leurs territoires, en échange de quoi le clergé wahhabite garantissait l’obéissance des fidèles au pouvoir saoudien. Les wahhabites refusent le plus souvent de se désigner comme tels. Ils affectionnent les termes de al-muwahhidûn (« Les Unitaristes » ou encore « Ceux qui croient en l’unicité de Dieu »), ahl al-Tawhîd (« Les gens de l’unicité divine »), ou as-salafiyûn (« Les Salafis »), en référence à ceux qui sont passés à la postérité comme les Salaf as-salih c’est-à-dire les « Prédécesseurs » ou « Ancêtres » que furent les « compagnons du Prophète » et des deux générations qui leur ont succédé, et dont les Salafistes actuels constitueraient l’ultime avatar. Ils se présentent parfois également sous l’appellation de ahl al-Sunna (« Le peuple de la Sunna »), respectueux des faits et paroles du Prophète consignés dans les recueils des hadiths du Prophète (littéralement « Parole véridique rapportant un événement ou décrivant une situation ») qui accompagnent l’existence des croyants en les invitant à suivre son exemple. Aussi se considèrent-ils plus simplement comme les seuls « véritables » musulmans, ce qui ne peut pas manquer de poser problème concernant les autres musulmans ne relevant pas de cette obédience singulière. [5] Le « salafisme », idéologiquement parlant, est à la base une mouvance particulière de l’islamisme qui procède stricto sensu d’une régression en ce qu’il prône un retour au premiers Temps de l’islam, supposé non corrompu par la bida (l’« Innovation », substrat de la « Modernité » conspuée). Il prend appui sur la plus rigoriste des quatre écoles juridiques musulmanes, celle de l’école juridique hanbalite de l’imam Bagdadi Ahmad ibn Hanbal (780-855) : L’obédience « Hanbalite » développée d’abord à Bagdad où ce dernier a vu le jour, a d’emblée suscité la controverse au sein du Califat abbasside. Le hanbalisme (hanâbila), opposé à toute « innovation juridique » (bid’a), n’admet comme « sources » du « droit » (fiqh) que le Coran et la Sunna. L’école hanbalite constitue la plus dogmatique et de la plus puriste des madhhabs de l’islam sunnite. C’est sur une interprétation très littérale et très rigide des textes sacrés que le Hanbalisme fonde sa jurisprudence (taqlîd). L’imam ibn Hanbal, dénonce les notions de « raisonnement analogique » (qiyâs) et logiquement d’« opinion personnelle », mais aussi de « consensus », voire d’ « intérêt public ». Pire encore, il conspue toute lecture « critique » du Coran, une démarche que le Calife abbasside al-Ma’mûm (814-833) encourageait pourtant ouvertement. Cette outrecuidance lui valut le fouet en place public et une peine d’emprisonnement, mais dans le même temps une certaine admiration, sinon une admiration certaine, d’une grande partie de la Oummah. Populaire en Irak et en Syrie jusqu’au XIVème siècle, la doctrine hanbalite se diffusa ensuite dans la Oummah par le biais d’un certain Ibn Taymiyya (1263-1328) qui en fit une arme de combat contre l’ « hérésie », la « corruption » supposée des Ulémas, les « ennemis » de l’Islam en général. Il fut le premier théologien musulman à frapper d’« apostasie » (takfîr) les conquérants mongols, ce qui le conduisit à se retrouver emprisonné pour trouble à l’ordre public. Ultérieurement, l’Empire ottoman, multinational et englobant de nombreux Juifs et Chrétiens, fit tout son possible pour marginaliser ce courant jugé déjà à l’époque extrémiste. Mais l’approche juridique hanbalite devait reprendre une vigueur nouvelle et insoupçonnée, au XVIIIème siècle, avec la montée en puissance du Wahhâbisme d’Arabie centrale. De fait, le mâdhhâb hanbalite est encore la doctrine juridique officielle de l’Arabie Saoudite actuelle. [6] Cf. Antoine Basbous, L’Arabie saoudite en question : du wahhabisme à Ben Laden, Paris, Perrin, 2002 [7] Cf. Irène Commeau-Rufin, « L’énergie en URSS », in Politique étrangère, Vol.51, n°3, 1986, pp. 727-735. [8] Lorsque le prix du baril baissait de 1 dollar, la perte nette pour Moscou s’élevait à quelque 500 millions de dollars par an. Entre novembre 1985 et mars 1986, les recettes d’exportation de l’Union soviétique avaient ainsi diminué de 5 milliards de dollars. [9] Elle est aujourd’hui principalement abondée par La Faysal Islamic Bank, créée en 1977. Elle est elle-même une filiale de la DMI (Dar Al Maal Al Islami, c’est-à-dire la « maison de l’argent islamique »), créée le 29 juillet 1981 et basée à Cointrin en Suisse. Cette dernière fut longtemps considérée comme la structure centrale du financement par les Saoudiens de l’islamisme international. En 1982, une autre structure fut créée, la Dallah Al Baraka, avec les mêmes desseins. [10] D’après diverses études, dont celles émanant du Département du Trésor américain, entre 1975 et 2002, l’Arabie saoudite aurait dépensé, dans le monde, au moins 70 milliards de dollars en aides diverses (et probablement plus si l’on tient compte des donations privées). Il est impossible de déterminer avec exactitude quelle part de cette manne a été divertie vers le financement de la mouvance du Djihad. [11] Cf. Antoine Sfeir, Dictionnaire mondial de l’islamisme, Paris, Plon, 2002. [12] Cf. Chjristopher M. Blanchard ; Alfred B Prados, Saudi Arabia : Terrorist Financing Issues, CRS Report for Congress, 14 septembre 2007 (http://fas.org/sgp/crs/terror/RL32499.pdf). [13] Cf. à titre d’exemple : « Enseigne à nos enfants à aimer prendre leur revanche sur les Juifs et les oppresseurs, et enseigne-leur que nos jeunes libèreront la Palestine et al-Qods [« Jérusalem », NDA] quand ils reviendront à l’Islam et feront le djihad au nom d’Allah ». Un autre document contient le passage « …d’armer la jeunesse musulmane d’une pleine confiance dans la suprématie du système islamique sur tous les autres systèmes ». Cf. Tawijhat Islamiya (Vues islamiques), 1991. [14] Cf. Gilles Kepel, Fitna : guerre au cœur de l’islam, Paris, Gallimard, 2004. [15] Les deux villes saintes de La Mecque et de Médine qui constituent aujourd’hui en Arabie saoudite deux « gouvernorats religieux » constituent une sorte de dyade religieuse indissociable sur le plan spirituel et en font un espace à part dans le Royaume saoudien même si, du fait de leur seule présence, c’est le Royaume tout entier qui est considéré comme « sacré » (le horm), y compris des régions tardivement rattachées à l’ensemble politique saoudien contemporain, au plus grand bénéfice politique du régime saoudien. [16] Cf. « Oussama Ben Laden par Robert Fisk », in Le Monde, 19 septembre 2001, p. 13. [17] La nouvelle était passée quasiment inaperçue avant le 11 septembre, mais elle était d’importance. Le Prince Turki Al-Fayçal avait été limogé le 31 août 2001, – deux semaines à peine avant le 11 septembre -, de son poste de chef de l’Istakhbarat, les services secrets saoudiens également connus sous l’acronyme anglo-saxon GID (General Intelligence Directorate). Turki Al-Fayçal Al Saoud, fils de feu le roi Fayçal et donc neveu de feu le roi Fahd, avait pourtant été depuis plus de vingt-cinq ans, l’un des personnages les plus importants du pouvoir saoudien. [18] Cf. Gerald Posner, Why America Slept, New York, Random House, 2003. [19] C’est nouvelle dénomination de ce qui se faisait appeler jusque-là et depuis le 9 avril 2013 l’« Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) ou encore ad-dawla al-islāmiyya fi-l-ʿirāq wa-š-šām (DAESH) en arabe, lequel avait lui-même remplacé l’« Etat islamique en Irak » (EII) initialement établi le 13 octobre 2006 sur les ruines d’Al-Qaïda en Irak (AQI) après la mort d’Abou Moussa Al-Zarqawi en juin 2006. [20] La « Pierre Noire » : vénérée par les musulmans, c’est une météorite enchassée dans un cadre en argent à l’un des angles de la Ka’aba angle dit « de la pierre », dans la mosquée de La Mecque. La « Pierre Noire » est placée à proximité de l’unique porte d’accès de la Ka’aba à environ un mètre au-dessus du niveau du sol afin que les pèlerins puissent la toucher et l’embrasser, mais en se penchant en signe de soumission. On lui donne diverses origines légendaires. Parmi les « souvenirs » qu’Adam aurait ramené du Paradis, figurait un rocher précieux, blanc et brillant qu’il aurait fait enchâsser dans un des murs de la Ka’aba. C’est à force d’avoir été effleuré par les mains et les lèvres des croyants que ce rocher blanc à l’origine serait devenu la « Pierre Noire » en « déchargeant » les croyants de leurs péchés. Ce serait Abraham qui aurait fait transporter la « Pierre Noire » depuis une caverne des environs pour l’enchâsser dans un angle de la Kaaba afin de marquer le point de départ de la circumambulation déjà amorcée par Adam. Elle aurait été donnée à Ismaël, le fils d’Ibrahim, par l’ange Djibril-Gabriel. Allah aurait lancé la « Pierre Noire » depuis le Ciel sur La Mecque en gage de sa fidélité. La « Pierre Noire » fut dérobée au Xème siècle par les Qarmates, membres de la secte ismaélienne prêchant l’égalitarisme social. C’est en attaquant La Mecque, en 930, qu’ils parvinrent à emporter la « Pierre Noire » qui fut récupérée vingt ans plus tard contre une forte somme d’argent. Le cas de la « Pierre Noire » relève à bien des égards d’une manifestation de fétichisme car cette pierre ne symbolise en tant que telle strictement rien. A l’époque préislamique, elle était adorée pour elle-même. Dans les oasis du Nedj, on avait adoré l’idole des Banû Rabia avant que le Prophète ne se mette à prôner le monothéisme. D’abord adorée dans le temple de Rodha, cette idole des bédouins du Nedj avait ensuite été transportée dans la Kaaba de La Mecque. Aussi n’est-il pas étonnant qu’elle ait été foulée aux pieds par les Wahhabites. Enfin, il faut relever la « Pierre Noire » de la Ka’aba n’a pas toujours été – loin s’en faut même – la qibla des musulmans. Dans les premiers temps de l’islam, ils se tournaient, non pas vers la pierre-fétiche, mais vers Jérusalem, ville que le Prophète nommait parfois Bayt al-Maqdis (« Demeure du sanctuaire »). Jérusalem demeure d’ailleurs en tant que al Bayt al Muqaddas (« Demeure sainte ») ou al-Quds (« la Sainte ») la troisième « grande ville sainte » de l’islam après La Mecque et Médine. Ce n’est que lorsque Muhammad décida de consommer sa rupture avec le judaïsme – les juifs refusaient de se soumettre et s’étaient même alliés avec les Arabes encore païens – qu’il décida, en représailles, au mois de février 624 (peu après la bataille de Badr), d’ignorer désormais Jérusalem et exhorta ses disciples à prier en direction de La Mecque. [21] C’est l’agence de Presse Azerie (APA) qui relaie l’information en citant des médias turcs selon lesquels l’« Etat islamique » aurait l’intention de prendre d’abord le contrôle de la ville d’Ar en Arabie Saoudite avant d’entamer des opérations hostiles au régime saoudien à partir de la frontière saoudo-irakienne. Cf. Ftouh Souhail, « Vers un fin proche de l’islam : l’EIIL a juré de détruire la Kaaba à la Mecque », on Dreuz.info, 12 juillet 2014 (http://www.dreuz.info/2014/07/vers-une-fin-proche-de-lislam-leiil-a-jure…). [22] Cf. Jean-Pierre Perrin, « Les seize commandements de l’Etat islamique en Irak et au Levant », on Libération, 23 juin 2014 (http://www.liberation.fr/monde/2014/06/23/les-16-commandements-de-l-etat-islamique-en-irak-et-au-levant_1048158). [23] Cf. Andrew Johnson, « Saudis risk new Muslim division with proposal to move Mohamed’s tomb », on The Independent, (http://www.independent.co.uk/news/world/middle-east/saudis-risk-new-musl…). [24] Cf. Jean-Pierre Perrin, « Les seize commandements de l’Etat islamique en Irak et au Levant », on Libération, 23 juin 2014 (http://www.liberation.fr/monde/2014/06/23/les-16-commandements-de-l-etat…). [25] Il est significatif que l’on retrouve cette terminologie aujourd’hui dans la dénomination de certains groupes terroristes islamistes comme le Tawhîd wal Jihâd (« Unicité et Guerre sainte ») de Mussab al-Zarquawi, groupe qui prêta allégeance à Al-Qaïda en octobre 2004, d’abord sous le nom Jama’at al-Tawhid wal-Jihad (« Groupe du monothéisme et du djihad») puis Tanzim Qaïdat al-Jihad fi Bilad al-Rafidayn (« Organisation de base du djihad dans le pays des deux fleuves » que sont le Tigre et l’Euphrate, correspondant à la Mésopotamie). En janvier 2006, le groupe avait annoncé la création du Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak, puis en octobre 2006, de l’« Etat islamique » dont l’actuel « Etat islamique » se trouve être l’héritier direct. [26] Cf. Stéphane Marchand, Arabie saoudite. La menace, Paris, Fayard, 2003. [27] Le terme formé à partir de shirk (« association »), désigne l’attitude de ceux qui donnent des « associés » à Allah, voire plus grave encore, qui adorent des divinités ? ce qui explique qu’il finisse par désigner le « polythéisme » en général. [28] Il s’agit ici d’une traduction libre. La fatwa est stricto sensu un avis juridique religieux délivré par une personne « autorisée », qu’elle soit faqih, Ouléma ou muftî. Mais il n’est pas doté d’un caractère contraignant dans la mesure où il constitue toujours le résultat d’une interprétation personnelle (ijtihad). [29] Cf. « Le trou noir au cœur de la véritable histoire du 11 Septembre : mais que racontent les 28 pages consacrées à l’Arabie Saoudite et encore top secrètes de l’enquête du Congrès américain ? », on Atlantico.fr, 15 septembre 2014 (http://www.atlantico.fr/decryptage/trou-noir-au-coeur-veritable-histoire…). [30] Cf. « US embassy cables: Hillary Clinton says Saudi Arabia ‘a critical source of terrorist funding’», on The Guardian, 5 décembre 2010 (http://www.theguardian.com/world/us-embassy-cables-documents/242073?guni…). [31] Cf. Nihan Cabbaroglu, « Saudi Arabia to pressure Russia, Iran with price of oil », on Anadolu Agency, 10 octobre 2014 (http://www.aa.com.tr/en/economy/402343–saudi-arabia-to-pressure-russia-iran-with-price-of-oil). [32] Cf. Andrew Critchlow, « Saudi Prince Alwaleed says falling oil prices ‘catastrophic’», on The Telegraph, 14 octobre 2014 (http://www.telegraph.co.uk/finance/commodities/11162744/Saudi-Prince-Alw…). [33] Cf. Bruno Tertrais, « La révolution pétrolière américaine : quelles conséquences stratégiques », Note n°9, Fondation de la Recherche Stratégique, avril 2013 (http://www.frstrategie.org/barreFRS/publications/notes/2013/201309.pdf).